Je suis rentrée dans la maison de Satan il y a un an maintenant, le présentateur l'avais bien dit: c'est que du bonheur.
Sur le coup c'est vrai que c'était pas désagréable, un peu pesant, parfois inquiétant, mais dans l'ensemble assez rigolo, il y avait le wild guy et son sourire démoniaque, les errances sans
fins tout là haut et l'apprentissage de la déconnade totale.
Puis, au coeur de l'automne, après 12 semaines de jeu, on a été nominé .si vous souhaitez voir rester Shlo, Wild guy et Blasian tappez 1, si vous souhaitez les voir quitter
l'aventure, tappez 2.
Le publique à choisi, alors on s'est retrouvé dehors et ça a tourné à la débandade.
Après c'est que du bonheur, il suffit de s'accrocher. J'ai joué à la sea weed sur le canapé du sud, s'en est suivi ce qui s'en est suivi... Les premières semaines suivant cette sortie n'ont pas
été les plus reposantes, après trois mois d'opulance confortable on goute au dépouillement et à la pauvreté. Mais c'est hors du loft que l'on se construit durablement... La compagnie du diable et
ses projecteurs n'était qu'un point de départ.
Puis la question se pose : "Je n'ai plus rien, ni amour, ni maison, ni travail, dois je rester? Et pourquoi?". Il n'y a aucune réponse plausible, juste l'envie de rester encore un peu, parceque
là, en effet, on est le nez dans la merde, mais on sent que le tour n'a pas été fait. Et rentrer chez sa mère après seulement 3 mois, quel échec cuisant!
Quelques jours plus tard, je suis entrée à l'institut international de la masturbation ou je suis encore. L'endroit s'est révélé plein de surprises, notamment Néerlandaises, on y reviendra, à ce
moment la Hollande parait Anglaise et squatte la salle fumeur en faisant la gueule. Point. Moi je m'emmerde là haut, les space cakes et les imitations de Bob l'éponge parviennent à me garder
éveillée, mais je sens que ça ne durera pas. L'ennuie est cuisant, au deuxième étage comme au bout de la ligne de tram. C'est l'hiver, les artères de ma rue sont glacées, au dehors,
tout semble mort, Alexandre manque de perdre un doigt, c'est le nouvel an, c'est intense, il est possible que je l'aime. On verra plus tard.
2009 surgit un beau soir, il est minuit, on s'embrasse, on est défoncés. Ensuite il fait encore plus froid, mais ce n'est pas grave parce que dans une semaine j'irais vivre dans la grosse maison
confortable à l'autre bout de la ville. Le temps est à la neige mais on s'en fiche on rigole bien, le salon est éclairé, les colocataires connus et marrant.
Le manager veut me transférer à un autre étage, une semaine ou deux pour soutenir une équipe qui manque de Français. Le jour se lève enfin, les gens sont jeunes, droles et l'Anglais de la salle
de pause fait parti de la petite bande. Je ne veux plus partir. Je ne pars pas. Je reste, j'aime mon job, c'est pas le truc le plus excitant du monde, mais on se marre bien, y a ma dream team air
force pioupiou et le Dutch de devant qui commence à sortir le bout de son nez, parce que bien sur il n'est pas Anglais mais Hollandais. Pas grave, on se parle un peu, peut être que... Et
puis non... parce qu'ensuite on passe à l'age adulte et c'est le gouffre, t'as pas idée, c'est les larmes, la suffocation, l'incompréhension totale, cette histoire qui avait l'air si
prometteuse aux premières lueurs de Janvier se fond dans l'horizon et m'échappe. Rapide mais efficace, je m'enlise dans la douleur. Cette fois ci je ne m'en sortirais pas, je ne le veux même pas.
La Hollande me regarde de loin, mais avec plus d'insistance, je n'y prête pas attention, trop concentrée sur cette France de merde qui bientot me tuera. Je l'aime . Deuxième fois en sept mois que
j'aime. Visiblement j'ai le palpitant fonctionnel, moi qui avait le bulbe si sec lorsque j'étais à Paris. J'ai mal, je patauge, j'espère, je cours, rien d'autre n'existe. Je ne sais pas ce qui
c'est passé à ce moment là, il parait qu'on est allés à Berlin, il parait qu'on est allés à Texel, il parait même qu'on est allés à Paris.
La course est longue, fatigante, laborieuse, je ne peux plus, je n'ai plus de force, ça ne va pas mal, je ne vais peut être pas mourir, mais c'est simplement parce que un jour c'est
sur... Et puis soudain c'est le printemps, il fait beau, l'air sent bon, on grimpe sur des vélos, on se ballade en ville, on va au bar à coté du boulot et un soir, sans m'en rendre compte,
je fais un premier pas vers la sortie de secours. Quelques autres la semaine suivante et encore celles qui suivent, on va à la mer, on fait du cerf volant, on se drogue un peu, il refait
afreusement hystériquement mal, pour plein de gens, on gagne la bouteille de champagne, on soutient, on regarde la Hollande qui est toujours là et qui se rapproche encore et encore, y a
encore du vélo à Vondel Park, au bord de la mer, dans les dunes. On sort d'Amsterdam pour aller voir la forêt, la plage et le village de ton enfance, on squatte le Noord Holland, de plus en plus.
Un soir c'est enfin l'été, il y a une piscine devant le petit supermarché, plus personne ne parle français, pas même Toi. Car il est l'heure du troisième Toi, passé en quelques
mois et beaucoup d'aventures, d'Anglais cute de la salle fumeur à Toi, tout simplement. Les fantomes nous hantent encore, on dirait moins, Amsterdam est un lointain souvenir lorsque vient le
week end, la langue française disparait, on en rencontre d'autres qui nous disent vous, on entrevoit les prémices d'un truc qui pourrait... Le second Toi n'est plus qu'une vague de fumée qui
flotte au loin, ne reste que les souvenirs un peu amers, les copains parlent de moins en moins ma langue, les conversations pour savoir qui a dit quoi et qui a flashé sur qui avec la fille d'à
coté se font en Anglais, mais finalement c'est la même chose. Je suppose qu'on reste humains avant tout et puis soudain ça fait un an.
Un an et je ne sais pas si beaucoup de choses ont changé ou au contraire si tout reste constant. Je ne sais pas si je resterai ici, je ne sais pas si les choses resteront comme elles sont, je ne
sais pas comment ça se passera entre toi et moi, je ne sais pas si je rêve vraiment d'Angleterre, d'Australie ou si c'est un leur, je n'ai jamais su de toutes façons, c'est ce qui rend les choses
si faciles.
Je ne savais pas que je tiendrais 12 mois, et que mieux encore 12 mois en avant il y aurait ça. Mais comme je t'ai toujours dit, je ne sais pas, je n'ai jamais su et je ne saurais jamais.
SO, HOLLAND, 1 FUCKING YEAR!!!