Aujourd'hui penchons nous sur l'enfer de 7h40
Tous les matins, mais alors vraiment tous les matins, sans exception aucune, il m'arrive un truc fort dommageable.
J'ai beau m'y attendre, savoir que ça reviendra toujours à la même heure, désespérement cyclique, rien à faire, je me fais immanquablement avoir:
Je suis en train de vivre une étreinte fougueuse avec le héro américain mignon qui pour l'occasion a retiré tous ses vêtements. Et là c'est redoutable, parce que justement le héro Américain mignon était en train de tester sur moi une nouvelle technique héroïque mignonne me permettant de connaître, enfin, le nirvana.
Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais c'est toujours dans ces moments là que vous êtes en train de vous abandonner aux bras puissants de votre fantasme ultime.
Trois heures auparavant, quand rien de rien n'aurait pu entacher quoi que ce soit puisqu'il n'était que 5h30 et que vous ne travaillez qu'à 9h30, vous étiez en train de vous regarder dans une glace en pleurant, parce que votre doux visage de femme s'était couvert de poil, sous l'oeil goguenard de deux lutins. ( personnellement j'ai une imagination très fertile qui abreuve mon inconscient all night long) . Moi ça ne m'aurait pas dérangé que cet évènement atroce se déroule à ce moment là, ça m'aurait épargné la douleur affreuse de constater que je n'étais qu'une immonde femme à barbe. Enfin bon, Je m'égare.
Bref on retourne aux bras parfumés du héro mignon américain (à l'heure où j'écris cette petite chose, je vois exactement sa tête... son beau regard expressif, sa vigueur, ses cheveux brillants, sa moue boudeuse... hu hu hu) et a l'incident atroce.
Si la première seconde est infame, la deuxième est mille fois pire parce que le doute n'est plus permis, c'est le moment. On prend alors toute conscience de l'atrocité de l'instant qu'on est en train de vivre.
Ce n'est pas vrai.
Ce n'est pas possible.
C'est arrivé des milliers de fois et pourtant on n'arrive pas à s'y faire.
C'est chaque jour aussi dur que le premier matin.
Au début, comme à chaque fois, même si on sait que c'est peine perdue, que c'est plus fort pour nous, que toutes nos forces ne suffiraient pas à le combattre, notre corps se tend, d'ingénieux stratagèmes traversent notre esprit brumeux de part en part, toujours les mêmes. On ruse, on recule de 5 minutes l'échéance, en espérant que ces 5 minutes feront toutes la différences. Oh fou de croire que ces ridicules secondes grignotées sur l'horloges vont changer quoi que ce soit. Au fond, il ne s'agit là que de quelques instants de répis, avant de s'élancer dans le tourbillon.
Alors on réfléchit, avec toujours cette même question qui clignote en arrière fond :" Que pourrais je bien trouver pour rester tranquille ici avec mon héro américain trop mignon? Qu'est ce que je pourrais bien inventer? Puis je éviter le reste?" - parfois on trouve, mais la plupart du temps non, parce qu'on sait qu'aujourd'hui on ne peut pas se le permettre. -
Ces pensées pourtant très clairement formulées ne prennent pas plus de 3 secondes pour se construire et pour se dissoudre.
Vient la phase suivante. Celle de la résignation. Et pas la résignation sereine, du sage confiant en la vie, qui a compris que malgré quelques petits inconvénients, l'existence vaut la peine d'être vécue tant le monde autour est beau et excitant - ce n'est pas mon cas.- , donc non, pas cette résignation là, celle qui fait mal, celle qui a pris son temps pour venir, celle qui a retiré au préalable toute parcelle d'espoir et de bien être, parce qu'elle avait besoin de place pour être confo dans notre corps.
On regarde autour de soi, des fois qu'il y ai quelque chose de changé, une nouveauté excitante, qui donne envie qu'on se motive.
C'est de l'énergie gachée pour rien, soyons bien clair, si nouveauté excitante il y a au matin, nouveauté excitante il y avait déjà la veille, donc plus vraiment nouveauté.
Non, je vous jure les nouveautés excitantes ne s'insinuent pas dans nos chambres la nuit pendant qu'on dort pour venir nous enchanter au réveil. Ou alors elles se brisent à peine à-t-on ouvert les yeux.
Alors bon, me direz vous, des fois il y a des nouveautés excitantes, qui sont tellement ouf de chez ouf (genre je sais pas moi, par exemple si j'avais un nouveau copain, ça serait vraiment une nouveauté excitante, ou si un taré acceptait de me publier, ou si des journalistes venaient faire des interviews de moi, ce serait très nouveau, et super excitant personne ne l'a jamais fait avant.) qu'on a beau en avoir pris connaissance la veille, ou même la semaine d'avant, ça continue à nous stimuler à mort.
T'inquiète pas ça dure pas.
D'ailleurs, peu importe ce qui se passera ensuite et ce qui s'est passé avant, cet instant de douleur entre deux mondes, celui de la nuit, de ses songes, et celui du jour et du réveil.
Ce moment ou on se dit que ça n'est pas possible, que ça va cesser.
En même temps, je suis pas du tout du matin, peut être que j'exagère.
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