Interrogation existencialiste

Publié le par Shloe

Si je veux quelque chose, en général je l'obtiens. Sauf en amour, là c'est plutôt le contraire, d'ailleurs ça m'a super chiffoné quand, pour la première fois à 17 ans, j'ai voulu sortir avec machin comme je n'avais jamais eu envie de sortir avec personne, et que machin il a pas voulu. A l'époque je trouvais qu'il avait super tort de pas vouloir de moi, que c'était scandaleux et qu'à sa place je me serais jeté dans mes bras. J'étais pas à sa place, et c'était bien dommage. Je gardais face à lui une attitude raisonnable et gravait son nom sur toutes les tables de mon lycée dès qu'il avait le dos tourné. Ah ça, j'avais vraiment très très envie de sortir avec lui. D'ailleurs c'était à ce moment là la chose que je désirais le plus au monde et après avoir passé 17 ans à avoir ce que je voulais simplement parce que je l'avais décidé, j'ai un peu déchanté, à quoi servait d'avoir ce qu'on voulait quand on ne l'avait pas lui? Alors j'ai revu mes objectifs à la baisse, après tout, ça ne comptait pas, je n'étais pas la seule impliquée dans cette histoire de coeur, j'avais fait de mon mieux pour ça, mais après tout il avait le droit de ne pas avoir envie de moi, bon okay, c'était scandaleux, mais pas punis par les lois (malheureusement.) . Alors fermons cette courte paranthèse, quand je veux vraiment quelque chose, je l'ai, je ne vois pas comment il pourrait en être autrement.
J'ai la foi, c'est inébranlable, jusqu'à maintenant. Et il y a ça...
Quand j'ai posé le premier point, c'était vague, j'avais six ou sept ans et je voulais faire chanteuse. Quelques milliers de virgules après, je voulais être animatrice radio. Des millions de voyelles plus tard je voulais finallement devenir fumeuse de joints professionnelle. Les aspirations professionnelles ont évolué de manière inatendue, puisque je me suis retrouvée à faire l'andouille dans un  bureau plutôt que de pousser la chansonnette devant un publique en folie, archi sapée et raide défoncée, mais les phrases ont continué de s'enchainer et s'enchainent encore. J'avais 12 ans quand j'ai posé le point final du premier, 14 pour me deuxième, 16 pour le troisième, 20 pour le dernier. Quand on me demande pourquoi, je ne sais pas répondre, quand on me demande comment, c'est encore pire. Comme ça... Parce que euh... Enfin tu vois. Ce n'est même pas une passion, enfin , ça me plait, sinon je ne le ferais pas, mais c'est une évidence intérieure, quelque chose sur lequelle je ne m'interroge pas. Jusqu'à l'année dernière, je n'envisageais même pas la chose comme une activité à part entière. Juste une issue, un détail qui aidait à la survie, un échapatoir quand ça devient trop dur dehors. Des amis imaginaires, des enfants de papier, des rires, des pleurs, des souffrances et des joies qui n'étaient pas les miennes, un monde entier à inventer et à observer. Mon ailleurs.
Mes ailleurs. Damien, Gaspard, Ulysse, Corentin et les autres... des lignes qui s'étendaient sur des centaines de pages à faire lire aux copains. Une espérance aussi, un jour je serai publiée, obligé, mais ça ne serait certainement pas mon métier. Et puis je suis arrivée là, je ne veux plus être chanteuse, ni même fumeuse de joints, je ne veux pas rester au téléphone, mais je continue d'enchaîner les mots, les articles et les histoires.
Et ce rêve de publication se fait plus fort, et pour la première fois je me dis qu'il y a peu de chances pour que cela se produise. J'en ai très envie, j'ai très peur aussi, mais je ne conçois pas les choses autrement. Je sais juste que pour cinq cent personnes qui se disent qu'elles ne conçoivent pas les choses autrement, il y en aura à peine une qui aura sa chance. Je sais que j'écris pour une vie meilleure, pour une vie supportable, pour m'élever, pour rêver encore, et que rester seule dans ma chambre, à vie, ce serait une totale perte de crédit. (et j'achève sur cette rime transcendante.)

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