Troisieme extrait (bis bis repetitam)

Publié le par Shloe

Dernier extrait, ici peu importe le contexte, comme on est aux trois tiers du bouquin, je n'ai pas envie d'en dire plus, histoire de laisser, quand même, un peu de suspense (oui je t'ai vu toi au fond de la salle, tu es tellement en alerte que tu es sur le point de te faire pipi dessus, mais s'il te plait, soit patient, je ne dirai rien ce soir.)

Un peu dégrisés par le parcours, mais pas tant que ça. Florian rejoint ses connaissances, tout le monde s’assit sur les marches prêt du groupe déjà formé et dans la foulée tout le monde recommença à rouler, ayant au préalable sorti les bouteilles des sacs. Encore quelques verres, du vin blanc aussi et pas mal de bières. Très vite la basilique et les milliers de toits qui s’étendaient à perte de vue devant eux devinrent irréels. Presque fantomatiques, une espèce d’illusion d’optique. Et pourtant il semblait qu’on pouvait presque les saisir, il n’y avait qu’à avancer la main dans le vide et attraper un de ces toits parisiens scintillants dans le crépuscule. Le soleil était happé dans cette mer de zinc, bientôt on ne vit plus le ciel ni ses nuages, juste une nuées de petites lanternes jaunes, oranges et rouges. Quand au bruit de la ville qui s’ouvrait à la nuit en contrebas, elle n’était que bruits sourds et murmures, des klaxons étouffés, des bribes de voix, des souffles de vent. D’infimes détails sonores pour garder le cap, et se rappeler que plus bas, et sur des kilomètres, d’autres gens buvaient pareil, fumaient pareil, souffraient pareil et riaient pareil. Peut être plus.

Les amis de Florian jouaient de la guitare et était très accueillant, il y avait deux filles et trois garçons, aucun n’étaient laids, aucun ne semblait bête et aucun n’affichait de tare psychologiques de prime abord mais Corentin n’avait pas lâché son téléphone portable et continuait de converser par texto avec sa copine fâchée. Mais maintenant il était ivre et défoncé. Affreusement même et bien qu’il soit assit entre deux protagonistes, il était seul, tapis dans un coin de sa tête où il n’y avait de places pour personne, mise à part son portable. Ulysse n’y prenait pas garde, il fumait, buvait et fumait encore avec Florian et une autre fille assez brune et assez souriante qui devait coucher avec lui, même si ce soir ils ne s’embrassaient pas et se parlaient comme deux bons potes, c’était dans l’air. La fille brune demanda pourquoi Chiara n’était pas là, Ulysse répondit qu’ils s’étaient disputés et la fille se mit à rire, mais à rire, un fou rire joyeux même pas moqueur, de fille soule qui s’amuse follement et trouve tout fantastique. Florian aussi se marra avant d’ajouter « Ca faisait longtemps, ça avait presque fini par nous manquer. » Ulysse ne chercha pas à comprendre pourquoi Florian disait ça, ils étaient tous ivres et continuaient de boire et de fumer encore, presqu’avec acharnement, plus les minutes allaient passer, moins les phrases prononcées auraient du sens. Il ne faudrait plus chercher à expliquer quoi que ce soit, les mots, les rires, deviendraient absurdités personnelles sans queue ni tête, les volumes, le temps et l’espace n’existeraient plus et dans ce monde déformé les explications rationnelles aux fous rires n’avaient plus leur place. C’est pour ça qu’Ulysse aimait tellement se défoncer et boire jusqu’à épuisement, parce que dans ce monde nocturne peuplé de lumières jaunes se reflétant à l’infini sur les toits de tôles, il n’y avait plus besoin d’expliquer ni même de comprendre quoi que ce soit. Il n’y avait plus besoin de se concentrer pour dire des choses pertinentes, juste à se laisser porter par un souffle invisible.

Chacun devenait acteur et chaque conversation, chaque évènement, chaque jeux, devenaient autant de pièces de théâtres colorées et décalées, le regard d’Ulysse sautait de visages en visages, de lèvres en lèvres, pour ne laisser passer aucun de ces moments d’éphémères dont il ne se souviendrait même pas le lendemain matin en se réveillant. Comme un rêve. Un chouette rêve. Paris la nuit. Sa maison la nuit.

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