Premier extrait

Publié le par Shloe

Premier extrait, première soirée, premier contact avec Athéna (parce qu'un héro qui s'appelle Ulysse entre FORCEMENT en interraction avec une héroïne qui s'appelle Athéna, question de karma)

Ulysse constata avec amertume que cette soirée ressemblait à s'y méprendre à la soirée de la semaine dernière et à celle de la semaine d'avant. Il y avait certes beaucoup de gens, et probablement quelques possibilités de rire un peu, mais il se doutait que toutes les choses amusantes qu'il ferait ce soir ressembleraient aussi à s'y méprendre aux choses amusantes qu'il avait fait la semaine dernière et celle d'avant.                                                                                  
Il se demanda de quoi il avait envie. Il n’avait envie de rien.
                                                   
Comme il n’avait pas tellement envie de fumer il alluma une cigarette et comme il n’avait pas soif non plus il se servit de ce cocktail douteux avec trois raisins lyophilisés qui flottaient dans un saladier douteux, en Cristal tout aussi douteux, un peu fêlé et un peu terne.
                          
Le breuvage était chargé, mais absolument pas bon. Il but cul sec et il était totalement ivre à présent, ce qui ne lui déplut pas.
                                                                                                  
Il regarda à gauche, Bastien, bourré, caressait les fesses d’une fille qui lui tournait le dos. Celle-ci se retourna, visiblement ravie d’avoir à ses basques un prétendant d’une telle envergure.                                                                                                                                
Bastien frémit d’horreur, la bombe au dégradé d’enfer de dos se révéla être une morue plate comme une limande de face.Las de ses aventures aquatiques, Bastien signifia au jeune boudin de se retourner et glissa à l’oreille d’Ulysse quelque chose que ce dernier ne comprit pas mais ne chercha pas non plus à comprendre. Il s’en foutait un peu.
                                                                                                  
Il regarda à droite, Léonard, rond comme une queue de pelle, expliquait quelque chose de visiblement captivant à Céline qui lui lançait des œillades de veau en phase terminale.
               
Et derrière eux il y avait cette fille qu’il avait croisée dans la rue avec Inès.    
                            
Elle ne parlait à personne, elle n’était pas en stade d’approche avec un partenaire potentiel, elle ne dansait pas et elle ne buvait pas non plus. Elle n’avait même pas l’air de s’ennuyer.
            
De toute évidence elle ne faisait rien et cela fascina Ulysse au plus haut point. Comment pouvait-on rester stoïque dans un environnement aussi sonore et coloré? Cela relevait presque du miracle. Il fallait vraiment que cette fille soit extraordinaire pour parvenir à se tenir si calme et si tranquille alors que le son craché par les enceintes de la sono avait réussi à hypnotiser la pièce entière. Athéna était la seule rescapée femelle du massacre ambiant.          
Du buffet, situé à un point stratégique de la pièce, Ulysse bénéficiait d'un lieu d'observation idéal et d'après ses amères constatations, personne n'avait été épargné par la folie alcoolisée et sonore qu'avait injectée cette soirée dans les veines des invités. Même cette grosse fille ingrate à l'air gêné, assise près de la fenêtre tapait du pied et fredonnait en dodelinant de la tête sur le rythme effréné du morceau de musique qui passait présentement.
                                   
Athéna, seule survivante de la soirée. Seule survivante? Il pencha la tête pour regarder ses pieds immobiles, il remonta sur ses hanches, toutes aussi immobiles.
                                     
Ils étaient deux à s'être sortis indemnes de cette sauterie diabolique. Il était l'autre survivant et bien que cette fille ne soit pas très jolie ni n'ai l'air particulièrement aimable, il crut se souvenir que l'union faisait la force et qu'entre rescapés il fallait se serrer les coudes.                    
Il se resservit de cet infâme cocktail et lui remplit un verre.                           
                         
Ulysse était pété comme un coing et il ne voyait pas trop clair mais il avait envie de parler à Athéna. Il se disait juste qu’à ce moment précis c’était la seule échappatoire à cette soirée de merde, parce qu’à ce moment précis, c’était la seule qui ne jacassait pas sur des choses insignifiantes ou supposées drôles qu’il ne parvenait pas à saisir. Mieux : elle ne jacassait pas du tout. De son calme lointain semblait émaner des ondes étranges qui soulageaient Ulysse.

Il ne savait pas à quoi elle pouvait songer, perdue sur sa chaise, dans son coin de pièce, il espérait simplement qu'elle n'allait pas se lever pour retourner danser de plus belle. Il espérait même qu'elle aussi s'ennuyait profondément, ainsi ils seraient deux ce soir à s'adonner à cette activité désespérante et il aurait, durant quelques instants, l'illusion de se sentir moins seul.  Durant sa folle épopée à travers le séjour il avait continué d'observer avec acharnement ce qui l'entourait, il sentait s'insinuer jusqu'au plus profond de son être les éclats de rires, les odeurs aigres de bières rances, les halogènes agressifs et les notes poisseuses des morceaux qu'on diffusait sur la chaine Hi fi. Il continuait pourtant d'avancer, avec l'impression grandissante de n'être plus qu'un ectoplasme absorbant toutes ces vibrations sucrées et écœurantes qui s'échappaient des choses et gens présents dans ce salon. Il devait avoir l'alcool mauvais ce soir, la faute à ce cocktail dégueulasse, comment se sentir joyeux quand on vous servait à boire une telle horreur? L'alcool était peut être responsable de son abattement momentané, il n'empêche que ce qu'il continuait de sentir s'étendre autour de lui ne lui plaisait pas du tout : tout le monde se trémoussait en gloussant bêtement parce que c’était la fête. Et la troupe qui se la donnait à fond sur le dance floor avait facilement intégré le concept. Ils braillaient leur joie, grandement influencés par les litres qu’ils avaient dû ingurgiter pour en arriver là, et bougeaient leurs fesses en rythme sur une chanson de folie. Le morceau Kylie du groupe Accent en l’occurrence.                                                                                                                  
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