Deuxieme extrait (Bis repetitam)
Je poste le début d'une de mes scène préférées (Et bien oui, je perce un secret! Nous les auteurs [Waw ça s'la pète à donf' ce soir] avons nos scènes préférées dans nos propres livres. Nous avons même des personnages préférés! ) où j'introduis un personnage plus que secondaire, puisqu'il n'interragis en rien dans l'intrigue mais annonce, à chacune de ses interventions, un temps d'accalmie, de pause et de complicité.
"Rentrer à la maison ne s'avéra pas si difficile que ça, mais tout eut très vite fait de dégénérer.
La porte qui reliait son entrée au salon était close : de toutes évidences des gens s’étaient volontairement cloîtrés dans l’antre et si l’on tendait les esgourdes, on percevait comme des feulements provenant de la pièce à côté. Il colla l’oreille contre la lourde, et cru pouvoir identifier des râles d’hyènes au moment fort du coït.
Tout transpirant, Il enclencha la poignée, les doigts de la main droite croisés sur son cœur en guise de protection. Peine perdue, en entendant des chuchotements il avait imaginé le pire, mais le pire était encore bien loin de la scène ignoble qui se tenait devant lui :
Sa sœur squattait déjà la pièce, le problème n’était pas vraiment là, on pouvait facilement excuser sa présence dans la pièce principale de la demeure Corvisart, finalement elle aussi habitait l'appartement. L’abjecte erreur de la frangine avait été de réquisitionner le séjour pour tenir son congrès hebdomadaire destiné aux femelles victimes de poussées hormonales de la troisième C du collège Jules Ferry.
Des filles, toutes extrêmement laides, étaient entassées sur le canapé devant le poste de télévision et buvaient du coca-cola en gloussant parce que ce pauvre Orlando Bloom avait eu le malheur de faire une apparition dans la lucarne.
Toujours terré dans son entrée, Ulysse commençait à évaluer l’ampleur du désastre. Dieu l’avait épargné pour le moment, et elles ne l’avaient pas encore vu, ni même entendu, bien trop concentrées sur l’écran où un individu humain – de genre féminin, mais avec une petite moustache - n’en pouvait plus de narrer ses aventures à bord du Black Pearl.
Ulysse savoura son sursis en se grattant le crâne. Qu’allait-il bien pouvoir faire pour éviter le drame ?
Il n’allait pas rester toute sa vie dans ce vestibule, c’était absurde, personne ne finissait ses jours comme ça, il y avait peut-être un pauvre mec sur cette terre qui s’était retrouvé dans cette situation et qui avait fini par y passer – à force de trop attendre sans eau, sans nourriture et surtout sans espoir - mais c’était assez peu probable, et au cas où, personne n’avait pris la peine d’en parler à la télévision, dire si c’était minable comme fin.
Ulysse conclut simplement qu’il devait impérativement trouver une solution avant de devenir complètement barjot :
- S’il parvenait à atteindre sa chambre sans trop se faire remarquer, il pouvait espérer une issue relativement paisible car il avait une paire de boules quiès qui devait traîner dans son tiroir à caleçons.
Il pourrait alors reprendre son projet là où il l’avait laissé : se blottir sous la couette, fumer des cigarettes et réfléchir à comment s’y prendre pour, premièrement récupérer sa copine, et deuxièmement convaincre son père de lui acheter une guitare pour pouvoir jouer des chansons romantiques à sa copine une fois qu’il l’aurait récupérée.
Il pourrait peut-être lui composer un petit air pour lui prouver qu’il l’aimait vraiment ? Elle serait séduite et ne penserait alors plus jamais à lui casser les pieds ?
C’était peut-être s’emballer un peu vite que de réfléchir à tout cela maintenant.
D’une part il avait déjà suggéré l’histoire gratte à son père, et l’ancien n’avait pas du tout l’air prêt à investir dans cet objet qui était - toujours selon le vieillard sournois - inutile pour un glandeur qui allait abandonner dès qu’il se rendrait compte qu’il allait devoir utiliser sa main droite pour autre chose que pour se branler. Ce que ce vieux était vulgaire…
D’autre part (c’était ce qui le préoccupait le plus en ce moment.) il n’avait toujours pas trouvé le moyen de traverser le séjour sans se faire voir.
Du revers de sa manche, il chassa les goutes de sueurs qui perlaient son front, prit une grande inspiration et, enfin, fit son entrée dans le salon, bien décidé à le franchir sans se laisser distraire.
Mission impossible. Ulysse était un mâle et les filles avaient un radar ultra-performant pour détecter ce genre d'individu.
À peine avait il fait un pas dans la pièce qu'elles se retournèrent et d'un coup se mirent à glousser férocement.
Pourquoi la femelle de 15 ans semblait tant se passionner pour le sexe opposé ?
C'était bien connu pourtant, tous les mecs étaient des abrutis, leurs grandes sœurs et leurs mères ne les avaient-elles pas prévenues ?
Ces folles perdues n’avaient-elles jamais vu d’homme pour réagir de la sorte ?
Possible puisqu'en présence de telles harpies tout être doué d'un minimum de discernement devait filer se planquer quelque part où il était sûr de ne pas être trouvé.
Pourquoi s'était il laissé piéger ? Pourquoi n'avait-il pas plutôt filé chez Corentin ?
Et qui était cette fille étrange, assise en retrait sur une chaise, qui le regardait l'air aussi haineux ? Pourquoi cette fille avait-elle un début de moustache et un nez pareil ? Était-il possible que cette fille n’en soit pas une ? Alors on avait cette tête-là quand on était un petit garçon de 14 ans ? Pourquoi une demi-portion masculine avait eu la folie de s'acoquiner avec ces goules ? Et pourquoi le regardait-il aussi mal ?
Oubliant ses projets de fuite, il s'attarda sur le tout petit être sapé façon rock'n'roll Rebel avec ses baskets de skate taille 36 et son jean large taille 10 ans, le tout accessoirisé par un Cheich, des lunettes et des cheveux longs pour dissimuler au mieux un appareil dentaire rutilant et de l’acné faciale furieuse.
Soudain, du fond de ses entrailles, Ulysse sentit jaillir une peine immense pour ce jeune être humain et durant quelques secondes il laissa même de côté ses problèmes personnels pour se consacrer pleinement au sentiment de compassion qui naissait en lui.
Pauvre créature oubliée de dieu. Comme c’était injuste !
Malgré les œillades larmoyantes que lui transmettait le frère-beau-comme-un-dieu-en-mieux de sa copine, le petit mâle continuait de sembler furax.
Il matait les filles qui mataient Ulysse qui matait toujours le petit et la façon que ce pauvre disgracié avait de reluquer les sous femelles laissait envisager que lui non plus ne devait pas souvent fréquenter le sexe opposé.
La petite chose cessa soudain de scruter ses copines et se retourna sur Ulysse. L’adolescent ne prononça pas un mot mais des flammes dansaient dans son regard, et tout au fond de ses orbites, on pouvait lire le mot « tocard » écrit en gros.
Ulysse ne s'en formalisa pas. Ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ?
Il était temps de regagner sa chambre, il avait assez compati pour aujourd’hui et il était temps de se recentrer sur ses aspirations propres à savoir : comment récupérer sa copine et une fois que ce serait fait comment, sans guitare - C’est ça qui serait difficile - lui chanter la sérénade pour qu’elle reste un peu tranquille.
Au dehors, dans la brousse, il entendait les vautours miauler sur sa carcasse décomposée :
Une demanda même à sa sœur s’il avait "une meuf" ce à quoi la sœur s'empressa de répondre que, sûrement pas, il était bien trop con.
Il lui sembla que la tentative masculine avortée riait.
Qu'avait il fait pour mériter ça ? Sa sœur avait raison il était vraiment trop con.
Un peu plus tard, alors qu'il fixait le plafond pour trouver des réponses à ses problèmes existentiels mais qu'il ne parvenait pas à interpréter correctement les taches de coca étendues - pour d'obscures raisons - au-dessus de sa tête, il reçut un appel de Corentin qui tenait absolument à l'entretenir sur un truc absolument primordial.
Las ! Une demi-heure plus tard le concerné se présentait devant l'appartement Corvisart et une heure plus tard il entrait dans la chambre totalement défait, ayant pendant ce laps de temps croisé la troupe des 3eme C du collège Jules Ferry.
Au départ, lui aussi avait cru qu’il serait simple d’atteindre la chambre d’Ulysse, il s’était contenté d’appuyer sur la sonnette, se préparant mentalement à voir son ami lui ouvrir. Après ça l’ami en question était censé lui servir un verre de Coca-cola dans lequel il aurait préalablement glissé quelques glaçons car aujourd’hui la température atmosphérique était anormalement élevée pour un mois de février et on crevait de chaud. Plus tard, après avoir déjeuné d’un petit sandwich au jambon, toujours préparé avec soin par l’ami en question, ils se seraient installé confortablement dans le salon, son ami en question aurait allumé la télévision et les deux bons camarades se seraient un peu chamaillés quand à l’émission que l’on regarderait ce jour là, puis pour finir, après s’être bagarrés quelques minutes, ils auraient ri et devisés jusqu’à une heure avancée de l’après midi. Avec un peu de chance il y aurait même une boite de cookies qui se joindrait à eux.
Les choses ne se déroulèrent pas tout à fait comme prévu :
Premièrement ce ne fut pas son ami qui ouvrit la porte mais un garçonnet acnéique qui mesurait approximativement 90 centimètres de haut.
Deuxièmement le dudit garçonnet n’eut pas l’air franchement content en l’apercevant. Troisièmement le dudit garçonnet se mit à hurler en direction du salon que ce n’était pas Alexandra.
Quatrièmement le dudit garçonnet se mit à dévisager Corentin pour vérifier une dernière fois qu’il ne s’agissait pas de la fameuse Alexandra, après quoi le minuscule secoua négativement la tête, il n’était effectivement pas face à la mystérieuse Alexandra, mais bel et bien devant un mâle, qui avait fini sa puberté et qui n’avait ni acné, ni lunette ni appareil dentaire.
Corentin se demanda un instant si cet individu saurait lui confectionner un sandwich au jambon. La réponse ne lui sembla pas évidente.
Pour détendre l’atmosphère Il décida de se présenter en prenant sa voix la plus mielleuse car cette petite créature mal chromosomée n’avait pas l’air commode du tout.
L’enfant écouta celui qu’il considérait comme un intrus de taille et fini par appeler Cassandre, qui, miraculeusement, daigna quitter son coin de canapé pour aller voir ce qui se tramait dans son entrée. Elle jaugea le nouvel arrivant, qui poireautait toujours sur son pas-de-porte et soupira que c’était le pote complètement dégénéré de son encore plus dégénéré de frère."